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L’histoire de la chanson « Mmi azizen » d’El Anka racontée par Nassim Kouti

Le musicien Nassim Kouti se lance dans une série, « une histoire, sa chanson ». Pour ce premier épisode, il se penche sur l’emblématique chanson du Cardinal « Mmi azizen » (mon fils chéri), écrite par Kamel Hamadi.

La guerre d’indépendance était à sa deuxième année. Hadj M’hamed El Anka, Aït Ouarab Mohamed Idir Halo pour l’état civil, revient d’une longue traversée du désert.
L’enfant de Marengo a déjà chanté le déchirement avec Lahmam li rabitou mcha aâlia… (le pigeon que j’ai élevé s’en est allé). Il décrit l’angoisse de tous les parents qui voient leurs enfants quitter le nid familial et prendre leur propre envol. Dans les années 50, pour des raisons familiales et personnelles, son fils, Mustapha, décide, lui aussi de se lancer dans le monde artistique, comme un défi. Dans une chanson sombre (Abi, Mon père), il s’adresse à son géniteur pour lui faire part de son amour, mais aussi de ses griefs. Mustapha se sentait délaissé. Très ému et bouleversé par ce cri d’amour, le marquis a longtemps souffert en silence. C’est dans les couloirs de Radio Alger que la réponse s’est imposée à lui.
Dans ces situations, les racines exigent leur dû. Hadj Mhamed El Anka revient, le temps de la chanson, en Kabylie, à Azeffoun. Sa réponse, il ne l’imagine que dans sa langue maternelle. Subjugué par un jeune auteur qui monte, il cherche à trouver le juste mot. Kamel Hamadi faisait ses débuts dans la chanson et à la radio. On l’écoute : «J’étais très jeune et j’avais une émission à la radio,  »Poèmes et mélodies ». Un jour, El Anka, qui attendait la fin de mon émission pour enregistrer dans le même studio, m’avait entendu déclamer des poèmes. A ma sortie du studio, il m’a demandé qui en était l’auteur. Je lui avais répondu que les textes étaient miens. Il était dubitatif. Trois semaines plus tard, il m’a demandé si je me sentais capable de répondre à la chanson de son fils Mustapha (Abi, mon père). Je tremblais d’émotion. J’ai écrit le texte dans la semaine, derrière ma machine à coudre.
Lors de son enregistrement, El Anka a craqué et s’est mis à pleurer en laissant l’orchestre continuer à jouer. Un moment d’émotion très fort. Je m’en suis voulu d’avoir fait pleurer un tel monument ! El Anka était très content de la chanson. Il m’avait dit :  »Mon fils, tu iras loin »». Le rossignol décide de composer lui-même la musique. Un rythme lent, une complainte très bluesy, une voix rocailleuse qui évoque une personne écorchée vive, au bord des larmes. Une chanson mythique.